J'ai confronté ma peur du vide

J'ai confronté ma peur du vide|03 juin 2026| 5 min

J'ai confronté ma peur du vide

Sauter des trois mètres à la piscine ? Jamais de la vie. Le vide m'a toujours terrifiée. Si bien que lorsqu'on me demandait ce que je refuserais catégoriquement de faire un jour, je répondais sans hésiter : un saut en parachute. C’est pourtant pour aller à la rencontre de cette peur viscérale que je me suis retrouvée, le 26 avril dernier, à des 4 000 mètres d'altitude. Je vous raconte.

Avant de lancer la troisième saison de The Jump, je ressentais le besoin d'expérimenter physiquement ce fameux « saut » pour toucher du doigt ses similitudes avec l'entrepreneuriat. Après tout, se lancer dans un projet est souvent comparé à un saut dans l'inconnu : il y a l'élan, le grand vide, puis l'atterrissage.

Le matin du saut, mon énergie était pourtant à zéro. La terreur me paralysait, me vidant de toute force. Arrivée sur place, en Gruyères, l'ambiance n'avait pas changé. Pas de boule au ventre, mais une pression immense, invisible, qui m'écrasait les épaules. C’est le poids exact que j'ai pu ressentir à l'approche de gros mandats photo, que je n'étais jamais sûre de réussir.

Puis, le verdict tombe à l'appel : je fais partie du deuxième groupe, saut prévu à 15h. L'attente est longue, mais je ne suis pas seule. Ma sœur m'accompagne. Et je fais connaissance avec mon binôme, Julien, qui rien qu'au son de sa voix me donne le sentiment que tout ira pour le mieux. Puis vient le moment d'embarquer dans cet avion, plus petit qu'une cage à souris. Nous sommes 8 avec le pilotes.

L'avion démarre et nous sommes encore dans l'herbe que je réalise que je me suis mise dans la pire situation possible ! Je ne me confronte pas simplement à ma peur, je me confronte à la terreur. C'est comme si une personne aracnophobe décidait volontairement de dormir avec des dizaines d'araignées ou qu'un claustrophobe choisissait de se bloquer dans un ascenseur. La panique commence à monter et je me mets à pleurer. Je me sens ridicule car dans le même avion il y a des parachutistes professionnels et leur aura est tout autre comparé à la mienne.

Nous arrivons à 1 500 m quand le premier Jumper ouvre la porte de l'avion et saute. Le spectacle est magnifique et je suis encore en train de me dire "Jamais je ne pourrais faire ça ! " Nous continuons à monter et la vue est à couper le souffle. C'est aussi le paradoxe de cette activité : le panorama est magnifique mais l'angoisse est terrible. Ce qui se passe dans ma tête n'est pas prévisible. Je n'envisage pas tous les scénario catastrophe. Je ne me dis pas "Et si le parachute ne s'ouvre pas ?" Que le parachute s'ouvre ou pas, c'est le dernier de mes soucis. Ce qui me terrorise c'est de me retrouver face à cette porte qui s'ouvre, avoir les pieds dans le vide et sauter.

Puis c'est le moment. Julien me dit "ça va être à nous". Et là, c’est la panique totale. Mon cerveau déconnecte. Je le regarde, terrifiée, et je lui lâche : « Julien, je peux pas ! Désolée, je peux pas ! » Pour moi, c’est impossible, impensable. Je suis en plein cauchemar. Mais Julien reste hyper calme. Il me regarde et me dit : « Si, si, tu peux ! »

Il me guide vers la porte de l'avion. Elle est déjà ouverte parce que les professionnels viennent de sauter les uns après les autres en faisant des salto avant. Le vide est juste là, sous mes pieds. Il n'y a plus de marche arrière possible.

Julien me bascule la tête en arrière, mes pieds quittent le plancher de l'avion, et on y va. La première phase du saut, qui s'appelle la chute libre est très inconfortable. Le vent arrive à une vitesse folle et j'ai l'impression que si je ferme la bouche je vais mourir asphyxiée. Je débloque d'ailleurs une nouvelle peur : l'asphyxie. A nouveau, l'idée que le parachute ne s'ouvre pas est le cadet de mes soucis ! J'expérimente cette chute libre comme une phase de turbulence ou tout mon corps serait mis dans un sèche linge et que chaque sensation est d'un inconfort sans nom !

Puis le parachute s'ouvre. Et là tout devient muet, et silencieux. Une amie a émis l'hypothèse que c'est parce que mes oreilles étaient peut-être bouchées mais j'entendais très bien Julien me dire de profiter de la vue.

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