Ne démissionnez jamais de votre travail !

Ne démissionnez jamais de votre travail !|14 mai 2026

Ne démissionnez jamais de votre travail !

Démissionner et tout quitter pour faire le tour du monde serait le remède miracle au mal-être au travail. Pendant longtemps, j’ai pensé que mon podcast, qui part à la rencontre de ceux et celles qui poursuivent leurs rêves, alimentait cette théorie. On connaît tous et toutes le refrain : "Si tu détestes ton job, plaque tout et pars voyager !" Spoiler alert : tu risques surtout de revenir très vite à la case départ.

En 2019, fraîchement diplômée de la Haute École de Gestion de Fribourg, j'ai décroché un poste dans une grande chaîne agroalimentaire. Sur le papier, tout était parfait : le titre était prestigieux et le salaire valorisait enfin mes quatre années d'études en économie d'entreprise. Pourtant, mon cœur était ailleurs. Mon rêve, c’était le journalisme. Mais après huit candidatures restées sans réponse, j’ai dû me rendre à l’évidence : la porte resterait éternellement fermée.

J’ai alors activé mon plan B : trouver un travail très bien payé, accumuler un maximum d’économies, quitter la Suisse définitivement et partir trouver ma place ailleurs.

Cette année d'immersion dans la corporate life n'a fait que confirmer ma théorie de l'époque : "Si tu détestes ton job, plaque tout et pars à l’autre bout du monde pour enfin profiter de la vie." Tout me poussait à partir le plus vite et le plus loin possible :

  • Ma cheffe ne me demandait jamais comment j'allais;
  • J'étais responsable du secteur viande alors que je suis végétarienne;
  • Un silence de mort planait dans les bureaux, comme si chacun avait enterré ses ambitions pour se fondre dans une existence monotone et grise;

Le 1er décembre 2020, j’ai rendu mon badge. Je m'apprêtais à quitter la Suisse pour vivre mes rêves, ailleurs. Le Covid, en toile de fond, ne faisait qu’accentuer mes doutes, mais je me refusais de flancher. Surtout face aux jugements qui pleuvaient : « Tu as bientôt 30 ans et tu plaques tout ? Tu es folle ! », « 5 semaines de vacances par an, ça suffit bien ! », « Avoir des enfants, c'est ça le vrai but d'une vie. » Toutes ces opinions ne faisaient qu’exacerber mon désir de partir. Ou plutôt : de m’enfuir.

Le 10 janvier 2021, un sac à dos et une valise à la main, je m’envole pour le Portugal, puis le Mexique. J’avais tout vendu, tout résilié. J’étais enfin "libre". Mais alors que je visitais une énième église dans les rues de Valladolid, je me suis arrêtée net. J’avais la liberté géographique et temporelle totale; je vivais le fantasme vendu sur les réseaux sociaux. Il ne me manquait plus que le tatouage "YOLO" sur le bras. Pourtant, j’ai compris qu'il me manquait l'essentiel.

Je me suis rendu compte que j’aimais créer. J’aimais entreprendre. En réalité, j’adorais travailler, et j'étais en train de gâcher mon potentiel en errant à travers le monde. Je n'étais pas libre : j'étais prisonnière de mes croyances limitantes. Celles qui disent : « On ne choisit qu'un seul métier et on s'amuse le week-end » ou « En Suisse, pour survivre, il faut un 100% ».

C’est faux. Tout est modulable. En chemin, j’ai rencontré des personnes qui avaient choisi leur vie : ce secrétaire le mardi qui devenait beatmaker le reste de la semaine. Le voile se levait enfin.


Aujourd'hui, j’ai l’intime conviction que la liberté, c’est d'être là où l’on a le sentiment d'appartenir. C'est exercer un travail qui nous rend profondément heureux et qui honore nos compétences. Je refuse l’idée qu’on fasse un job "juste pour payer son loyer". Nous devrions tous et toutes créer une place qui nous valorise et nous donne le pouvoir de décider de notre destin. Cette théorie est peut-être un peu fleure bleue surtout si on a une facture d'impôt à 30 jours de 10 000.- sur le coin de la table. Mais j'y crois quand même. Profondément !

Lorsque je travaillais dans cet immense bureau gris, j’étais assise à côté d’une fenêtre. Je m’arrêtais parfois de longues minutes pour regarder le soleil se lever puis se coucher, en m’imaginant ce que serait ma vie si je n’étais pas en train de remplir ce tableau Excel sur le nombre de poulets à abattre pour la prochaine livraison en magasin.

Aujourd’hui, j’ai la réponse. Je serais en train d'enregistrer un podcast. J’aurais parfois peur de ne pas pouvoir payer mes factures le mois suivant, certes, mais j’aurais surtout le cœur qui bat plus fort et les yeux qui brillent en permanence.

Alors ne démissionnez pas de votre travail juste pour fuir. Faites un pas de recul et choisissez des endroits et un entourage dans votre vie où quand vous vous exprimez vous n'avez pas besoin de sous-titre pour qu'on vous comprenne.